La suisse, pays de la neutralité

Aujourd’hui, la télévision suisse romande a parlé de Wikipédia pendant le journal, avec notamment un interview d’une enseignante de l’université (voir le flux vidéo).

Je ne m’étendrais pas sur les petites erreurs et approximations, mais considérons la polémique qui est mise en avant, et qui semble avoir commencé à prendre de l’ampleur aux états-unis (serait-ce un avatar de la reprise irraisonnée de dépêches ?).

La critique tiens en une phrase : Wikipédia serait un véritable fléau pour l’éducation de nos jeunes.

Au delà du fait que, puisque les articles ne sont pas signés, les informations ne sont pas fiables, nous dit-on ; Wikipédia encouragerait la paresse intellectuelle et le plagiat. De ce fait, ce projet entrerait en contradiction avec la mission des universités, qui est de lutter contre le formattage culturel et de former à l’esprit critique.

Ceux qui, comme moi, on fréquenté l’université apprécierons la juste distance entre la théorie et la pratique, mais passons.

Dans ce cours reportage, on apprend que Wikipédia ne disposerait que d’une information pour chaque sujet, et que donc cela n’aurait rien à voir avec la richesse d’une bibliothèque universitaire. Or, chacun pourra constater qu’un des principes de base du projet est la « neutralité », qui vise à présenter tous les points de vues pertinents sur un même sujet, chacun étant resitué dans son contexte et mis en perspective (certes, en théorie). Nous avons donc pour chaque sujet (quand il est traité selon les standards de Wikipédia) un ensemble synthétique d’informations, plus ou moins divergentes selon les cas.

Les gens confondent souvent neutralité, objectivité et vérité, mais c’est bien la première fois que j’entends dire que le principe de neutralité serait néfaste car elle masquerait la diversité des informations.

Wikipédia empêcherait également l’esprit critique… Pourtant, force est de constater que le projet est généralement décrié {{référence nécessaire}} , mis au ban de la fiabilité, ou du moins fortement soupçonné d’être remplis d’erreurs. La structure même du projet incite à la méfiance et à la prise de recul.

Ah, mais on apprends que Wikipédia encourage le copier/coller de ses articles dans les devoirs étudiants ! Voilà le vrai problème : les étudiants étaient jusqu’à présent de bien honnêtes citoyens responsables, qui faisaient leurs devoirs à la bibliothèque après avoir lu l’ensemble des livres faisant autorités. Et bien, maintenant, à cause de Wikipédia c’est fini ! Les voilà qui se mettent à faire du plagiat, à bacler leurs devoirs à la dernière minute sans avoir lu la moindre ligne des 36 livres conseillés !

Soyons sérieux deux minutes, qui oserait dire sans sourciller que les étudiants n’ont pas cette naturelle tendance à faire un choix dans leurs activités (les étudiants non plus n’ont pas un emploi du temps extensible) ? Choix qui entrainera immanquablement une perte de qualité dans tel ou tel devoirs. Avez-vous tous lu les livres que vous avez commentés au lycée ? Personne n’a cédé aux sirènes des commentaires de texte tous prêts pour les révisions du BAC (oui, je suis franco-centré, mais c’est valable partout) ?

Que diable, voilà un projet qui mets à jour les discussions et les étapes ayant mené à la rédaction d’un article, qui encourage la confrontation des points de vues, le croisement des sources et la prise de recul, et ce projet irait contre l’esprit critique ? Voilà un raccourcis pour le moins audacieux, surtout quand on le compare à l’université, où les cours magistraux ont tout du sophisme ad verecundiam (ami lecteur, sauras-tu détecter le raccourcis audacieux ironiquement placé dans cette phrase ?).

Bref, je finirais en affirmant haut et fort, que moi, pur produit de l’université s’il en est, j’ai plus appris dans le domaine de l’esprit critique en 4 ans sur Wikipédia qu’en 10 à la fac. Alors, chez collègues enseignants, avant de crier au loup dans l’oeil du voisin, n’hésitez pas à ôter la poutre devant votre porte : Wikipédia est un projet tout ce qu’il y a de complémentaire à l’université et à l’éducation en général, le rejeter est vain, le comprendre est indispensable.

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2 Responses to La suisse, pays de la neutralité

  1. Bourbaki dit :

    Je ne suis pas d’accord sur le fait que Wikipédia encourage l’esprit critique. En fait, c’est vrai pour nous autres contributeurs, pour qui un article non-fiable est une opportunité de faire un on travail. Mais malheureusement, le lecteur non modificateur de Wikipédia a trop tendance à faire naïvement confiance à tout ce qui est écrit, sous prétexte que de nombreux journaux ont acclamé Wikipédia.

    Il est trop peu connu que Wikipédia ne s’adresse pas aux enfants, mais seulement à des personnes ayant l’esprit assez large pour accepter toutes les réalités, et une forte capacité de recul de tout ce qu’ils lisent. Une encyclopédie pour collégiens réclamerait à la fois un système de validation des articles et une censure partielle (par exemple, supprimer le lien vers le texte intégral de « Main Kampf »).

  2. Pouet dit :

    « j’ai plus appris dans le domaine de l’esprit critique en 4 ans sur Wikipédia qu’en 10 à la fac. »

    Vous n’avez pas du suivre beaucoup de cours…

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