Quand Pierre Assouline se faisait l’apôtre de l’histoire non universitaire

En 1987, Pierre Assouline écrivait dans  Vingtième siècle. Revue d’histoire (n°15, pp 110-111, presses de Sciences Po) un article intitulé Qu’est-ce qu’un historien?.

Dans cet article, Pierre Assouline écrivait  :

 Le néophyte étranger qui découvrirait l’histoire en France à travers ce texte en concluerait : hors de l’université, point de salut ! Autrement dit, dans ce pays, un historien est soit un professeur, soit un  chercheur du CNRS. Quant au reste, s’il
existe, il doit être considéré comme quantité négligeable,

Critiquant la position de Daniel Roche, il dit de lui :

Il pose comme acquis qu’un historien est un homme qui possède les diplômes idoines, est chargé d’enseignement dans le secondaire ou à l’université, ou de travaux dans le cadre de la recherche scientifique.

On l’a bien compris, Pierre Assouline critiquait ici l’idée que seuls des personnes titulaires de diplômes dans un domaine tel que l’histoire, ainsi que de postes « officiels » dans l’enseignement ou la recherche en ce domaine, ont le droit de s’exprimer, d’écrire sur ce sujet, sans encourir le dédain et la critique de l’amateurisme. Il se fait par la suite plus incisif et direct :

Car ce raisonnement excluerait de facto l’ingénieur agronome Philippe Ariès, les grands commis de l’Elysée Claude Manceron et Georgette Elgey, les philosophes Michel Foucault et Jean-Pierre Vernant, le commissaire de police Jacques Delarue et un certain nombre de journalistes Claude Paillat, Henri Amouroux, Jean Lacouture, feu Raymond Tournoux pour ne citer qu’eux. Daniel Roche ne laisse pas de place, dans son explication, pour les autodidactes, les chercheurs formés sur le tas qui se sont parfois avérés être de formidables brasseurs d’archives et d’efficaces traqueurs d’interviews, auxquels les contemporanéistes de bonne foi savent ce qu’ils doivent.

Sans doute y a-t-il dans ce paragraphe une part de plaidoyer pro domo : Pierre Assouline est journaliste, écrit des biographies relevant de l’histoire contemporaine, et, du moins à ma connaissance, n’est pas diplômé en histoire. On peut donc comprendre qu’il défende le droit des autodidactes à écrire sur l’histoire contemporaine.

Ce que l’on comprend moins, ensuite, c’est la vigueur des attaques menées par cette personne et ses amis contre le projet Wikipédia, au motif que la fondation dirigeant ce projet serait dirigé par une simple ingénieure agronome (donc, pas une « intellectuelle ») et que les articles y seraient souvent rédigés par des non universitaires, voire des autodidactes.

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