Photographier dans les musées: trucs et astuces

Si l’attitude des musées vis-à-vis des photographes varie sur un large spectre, la règle est au minimum une certaine défiance, voire à une franche hostilité (jusqu’à l’interdiction pure et simple). Voici un petit résumé de l’expérience acquise pour prendre des photographies de qualité « correcte » dans les musées si on ne vous accorde pas de scéance spéciale.

Certains musées interdisent la photographie. Il est inutile de discuter dans ces cas, les vigiles ont des ordres dont ils ne connaissent pas les raisons, et vous mettront dehors si vous n’obtempérez pas.

La plupart des musées qui autorisent la photographie la permettent uniquement sans flash. Cette interdiction se justifie par les déteriorations causées par les éclairs. De toute façon, la photographie au flash est difficile et les flash des petits appareils donnent en général des résultats affreux (car ils envoyent un éclair parallèlement à l’axe de la prise de vue, depuis un point trop proche de l’objectif, et sans diffusion). Pas de trop gros regrets.

Là où ça se corse: la plupart des musées interdisent les pieds (tripodes ou monopodes). Et là, à part des considérations sur la circulation des visiteurs (tiré par les cheveux en dehors de quelques oeuvres majeures) ou l’intégrité des parquets, il faut bien se rendre à l’évidence: ces gens ne veulent simplement pas que nous fassions de bonnes photos !

Mais on va être plus malins qu’eux. Au travail.

Technique

Le problème est qu’un musée est généralement peu éclairé. Le manque de lumière peut se compenser de trois façons:

  • le flash : interdit et berk la plupart du temps
  • la haute sensibilité du film ou du capteur : occasionne du grain ou du bruit numérique
  • une pose plus longue, ce qui demande de fixer l’appareil photo. A main levée il est impossible de faire une photo nette avec des pauses de plus de 1/50e de seconde (et c’est pire avec des longues focales: 1/100e de seconde pour une focale de 100mm, 1/200 pour 200mm, et ainsi de suite). Or ils viennent de nous interdire l’usage du trépied. Les rats.

Les tableaux sont de grands objets plats, ce qui implique qu’ils peuvent être photographiés avec des focales moyennes (~50mm), et ne demandent pas une profondeur de champs importante. Aussi peut-on se permettre d’ouvrir le diaphragme, admettant ainsi plus de lumière. Cela permet de maintenir aussi bas que possible la sensibilité du capteur (le bruit numérique monte très vite).

Pas assez de profondeur de champs, mon fils !Pour les objets tri-dimensionels, il est important d’avoir assez de profondeur de champs, pour ne pas avoir par exemple une statue dont le bout du nez est net et le reste se perd dans le flou (cf à droite). Même en poussant la sensibilité (augmentant par là le bruit), ça reste limite. Il faut fixer l’appareil.

Un appareil photo peut se caler avantageusement contre quantité d’objets du musée lui-même : cadres de portes, tablettes, socles, poteaux. Un truc qui marche souvent est de poser le boitier sur une barrière, ou sur les petits mâts qui tiennent les cordons. Ceci vous permet même d’orienter le boitier en élévation et en gisement (angles vertical et horizontal). L’essentiel des vibrations dues à la tenue à la main disparait dès que l’on contraint une des trois dimensions de l’espace: ainsi un trépied est mieux qu’un monopode, mais un monopode est beaucoup mieux que la main levée.

Autre façon de faire: caler le bout de l’objectif fermement contre la vitrine. Ceci va à la fois couper l’essentiel des reflets, et fournir un support à l’appareil. Il faut faire attention avec les objectifs qui changent de longueur lorsqu’ils zooment ou mettent au point. Si vous avez ce genre de matériel, emportez un par-soleil pour que le bout touchant soit fixe par rapport au boitier. Vous devez pouvoir mettre au point et zoomer après avoir calé votre appareil. Comme la distance entre la vitrine et les objets est souvent faible, c’est une technique qui marche bien avec des grands angles, ou, pour les petits objets, avec des objectifs macro.

Si vous en êtes à planifier l’achat du matériel, préférez le matériel stabilisé. En Reflex, les objectifs « IS » chez Canon et « VR » chez Nikon, et les boitiers stabilisés de Sony ; en bridge ou compact, les appareils de bonne facture ont souvent un système anti-vibration intégré. La stabilisation active permet de gagner jusqu’à 3 « diaphgrames »: ainsi on peut envisager de prendre une photographe au 1/15e de seconde.

Droit, psychologie et psychologie inverse

Les musées autorisent souvent la photographie « à usage privé », à l’exclusion de la publication (et particulièrement de la publication commerciale). A cet égard, ils n’autorisent pas la photographie pour Wikipédia.

Pour autant que je sache, ces dispositions n’ont aucun sens. Dans la limite du copyright, une oeuvre appartient à celui qui la crée, et il en dispose comme bon lui semble. Dès lors que vous avez pris la photo, elle est à vous, si ce que vous avez photographié n’est pas couvert par le droit d’auteur.

En particulier, la jurisprudence française a, à plusieurs reprises, établi que la possession d’un bien ne donne aucun droit sur son image. Il est possible de s’opposer à la publication d’images d’objets si cela porte atteinte à la vie privée, par exemple, mais pas simplement parce qu’on est assis dessus.

Il est très possible que le préposé à l’entrée, ou les surveillants, vous posent des questions (particulièrement si vous avez du gros matériel et que vous avez l’air de maîtriser un peu) : « A quel usage sont ces photos ? », «Vous voulez en faire quoi ? », « vous publiez un livre ? ». La règle d’or: n’avouez jamais que vous photographiez pour Wikipédia. Vous vous engageriez dans des discussions désagréables et stériles, et vous feriez probablement empêcher, voire mettre à la porte. Vos photos sont à usage privé, vous photographiez pour vous-mêmes, point final. Le fait que l’« usage privé » que vous envisagez est de les mettre sur Commons ne les regarde pas. En tout état de cause,

  • la question est indiscrète
  • ils n’ont aucun droit à exiger une réponse (ils ne sont pas officiers de police judiciaire)
  • la question repose sur des prémisses fausses (que l’on peut arbitrairement imposer aux gens de se comporter avec des oeuvres du domaine public ou des objets courants comme avec des oeuvres sous droits d’auteur).

S’il est possible d’éviter la confrontation, il faut absolument le faire. Demander courtoisement l’autorisation par téléphone ou par mail au préalable ne coûte rien et peut fort bien réussir. Nous avons tout intérêt à nous concilier les musées. Et eux ont intérêt à ce que nous fassions des photos chez eux ; la plupart ne le savent pas mais peuvent le comprendre si on le leur explique.

Mais il y a les autres, qui, soit par besoin de contrôle, soit pour ne pas gêner la vente de bibelots à la boutique, voient la circulation de photographies sous licence libre comme une menace. Pour ceux-là, je suis au regret de dire que les institutions publiques et financées par l’État, les « palais du Peuple » qui pratiquent des tarifs élevés et se comportent en plus comme des marchands du Temple, ne m’inspirent aucune compassion. Les trésors des musées nationaux appartiennent au peuple français, et lorsque la loi ne nous y oblige pas, il n’y a aucune raison de nous soumette aux caprices de ces eunuques du sérail qui croient posséder ce qu’ils ne font que garder pour d’autres.

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6 commentaires pour Photographier dans les musées: trucs et astuces

  1. Korrigan dit :

    Pour changer un peu de ce genre de musée, j’ai visité hier le HMS Belfast, navire-musée à Londres. On peut y faire toutes les photos que l’on veut, sans restrictions, sans être dérangé vu le peu de touristes. Pour le coup, j’ai vraiment regretté de ne pas avoir emporté de pied, car les salles des machines et autres locaux techniques sont faiblement éclairés (lumière rouge de combat ou petites ampoules incandescentes qui ruinent une image), même à 800 ou 1600 ISO c’est dur d’avoir un faible temps de pose. Et comme j’ai peu d’expérience en photo, c’est dur de ne pas trembler, j’en ai loupé un paquet.

    Il me semble aussi que les musées anglais sont moins chiants que les français sur le coup des photos. Au musée maritime de Londres, on m’a dit « non » pour les galeries, je suppose au cas où pour le flash, l’absence de gardien dans lesdites galeries n’a pas empêché la prise de photos « non autorisée » :-)

  2. Semantix dit :

    Je te rassure, ça n’est pas une question d’expérience : il est impossible de ne pas trembler, pour des raisons physiologiques. Celui qui ne vibre pas de cette façon est soit mort depuis un moment, soit fait d’acier.

    Bonne remarque sur le flash: si on essuye en refus après avoir demandé à photographier, il arrive qu’on se fasse finalement permettre après avoir précisé qu’on n’utilisera pas de flash.

  3. Chauvesouris dit :

    Une petite astuce pour palier à l’absence de pied, le bricolage à la ficelle.
    Il s’agit de tendre une ficelle accroché a l’appareil pour le stabiliser. Ça marche très bien.
    Je ne sais pas si ce truc de photo amateur a un nom, mais on le trouve sur la toile.

    Par exemple pour le montage : première référence Google

    Voilà une idée en passant …

  4. semantix dit :

    Ca va limiter le mouvement de l’appareil pour un degré de liberté ; en particulier, l’orientation de l’appareil reste complètement libre (contraitement au monopied). Donc ça peut aider pour des pauses de 1/30e, mais il ne faut pas espérer réussir des pauses de l’ordre de la second avec ça.

    A propos, la sangle de l’appareil est censée servir à ça, de même que la bretelle des fusils aide à la précision du tir (encore que la mode soit au bipode là aussi, comme quoi…)

  5. Val dit :

    Remarquable article ! Je vais l’étudier par coeur… On a assez râlé de ne pas pouvoir photographier les cartes à l’expo « Formatting Europe ». Elles datent du siècle dernier ! On ne sait même pas pourquoi c’était interdit;

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